Le stress maternel pendant la grossesse a-t-il un impact sur l’inconscient du fœtus ?


L’étude du psychisme prénatal, la psychologie du développement et la psychanalyse suggèrent que les événements vécus par l’embryon et le fœtus avant la naissance laissent des traces dans l’inconscient. Freud soutenait que la vie intra-utérine et la première enfance étaient en continuité, qu’il n’y avait pas de rupture entre la vie intrautérine et la naissance. Qu’en pensez-vous?

– La naissance marque le début d’une autre histoire qui n’est pas la précédente. Les recherches sur le fœtus nous ont certes révélé des capacités de perception extraordinaires, motrices et mentales, mais j’aurais quand même tendance à rester très modeste sur ce sujet, et je ne crois pas qu’il y a beaucoup de choses qui «s’impriment »… même si la religion juive dit que les fœtus apprennent le Talmud en entier pendant la grossesse! Je vois mal de quelle «conscience» il peut s’agir. Ce n’est pas parce que le fœtus montre une réaction neurologique instinctive qu’il a une conscience. De mon point de vue, l’inconscient ne se crée qu’en symbiose avec un vécu. Or, celui-ci n’est pas encore assez euphorisant – ou pénible – lorsque la mère fait partie du soi.

– Depuis près de cinquante ans maintenant, de nombreuses expériences ont été faites sur le stress. Lorsqu’on place un foetus de souris provenant d’une lignée «calme» dans l’utérus d’une mère souris d’une lignée dite stressée, le souriceau montre ensuite un comportement nerveux à l’âge adulte. On peut donc se demander si, de la même manière, le cerveau du fœtus humain se structure en réaction aux émotions maternelles, surtout en cas d’anxiété continuelle, voire de dépression, tout au long de la grossesse.

– Que ressent le fœtus des joies et des peines de sa mère? L’effet du stress maternel sur l’enfant est encore mal connu, même si l’on sait que l’augmentation de la tension et de la fréquence cardiaque de la mère, liées à son état émotionnel, accélère le cœur du bébé. Mais on ne peut pas ramener les choses à un seul instant. L’enfant peut recevoir une décharge hormonale (en l’occurrence de sérotonine) due au stress de sa mère, mais il y aura peu d’effet si cela n’est pas récurrent ou permanent. Si cela persiste, en revanche, il peut alors se créer un tissu inextricable, un vrai roman familial.

– On dit parfois que le stress maternel peut induire des effets négatifs sur le développement du foetus ou qu’un foetus né d’une mère continuellement anxieuse pourra luimême devenir un individu anxieux…

– Non seulement ces affirmations ne sont pas démontrées, mais on pense plutôt le contraire! Combien d’enfants se portent très bien après une crise d’angoisse maternelle, tellement bien qu’ils n’ont aucunement besoin d’être vus par les psychologues. Mais si l’anxiété maternelle est permanente, alors cela fait partie du paysage.

– Dans la mesure où nous avons vu qu’un enfant est d’abord imaginé et pensé, où la psychanalyse dit qu’un enfant né d’un impensé peut devenir psychotique, pourrait- on dire qu’un foetus «saurait» en quelque sorte s’il est désiré ou non? La construction mentale d’un enfant ne dépend-elle pas de la manière dont ses parents l’ont mentalement conçu?

– Ne soyons ni trop mécanistes ni trop simplistes! J’insiste: c’est la permanence d’une situation avant et après la naissance qui peut éventuellement laisser une trace. Et pensons aux travaux sur la résilience et l’adaptation: l’enfant peut très bien réagir et inverser le cours des choses.

Extrait de « La plus belle histoire de la naissance« , de Henri ATLAN, René FRYDMAN, Jacques GELIS et Karine Lou MATIGNON, (Édition Robert Laffont), 2013. Pour acheter ce livre, cliquez ici.